Un chef d’orchestre face à ses musiciens : une aventure entre incertitude, confiance et joie

Mélanie Levy-thiébaut - Invitée du dîner du 15 novembre 2022

Le mardi 15 Novembre 2022

Invitée

Mélanie Levy-Thiébaut, Cheffe d’orchestre

Quelques mots sur l'événement

Le dîner-débat du 15 novembre 2022 était animé par Mélanie Levy-Thiébaut. Cheffe d’orchestre, elle s’exprimait sur le thème “Un chef d’orchestre face à ses musiciens : une aventure entre incertitude, confiance et joie”.

Les questions de la confiance et de l’incertitude ont une grande résonance aussi bien dans le métier que dans l’enfance de Mélanie Levy-Thiébaut. Dès 6 ans, elle avait déjà la certitude de devenir cheffe d’orchestre. Toutefois, elle était aussi fascinée par le métier de pilote de ligne. Cette confiance presque aveugle qu’accordent les passagers au pilote en se laissant enfermer dans “une boite”. Comme pour un chef d’orchestre, c’est le genre de profession qui repose sur la confiance tacite que la compétence d’une personne est la clé de la réussite.

Aujourd’hui, l’incertitude peut sembler moins présente lors des concerts, mais il reste le risque de ne pas partager la vision de l’œuvre que l’on a envie de faire découvrir. Le challenge principal dans la gestion d’un orchestre, comme pour n’importe quel groupe, est que ses membres passent par toutes sortes d’émotions. Chaque individu arrive avec son vécu et son histoire personnelle. Parfois, il y a aussi de la peur, car il y a des enjeux à être un orchestre, à avoir un rendement de qualité pour remplir les salles.

Si Mélanie Levy-Thiébaut connaît les musiciens de son orchestre actuel, ce n’est pas le cas de nombreux orchestres qu’elle dirige. Le défi est de parvenir à embarquer avec elle un orchestre d’inconnus en l’espace de quinze minutes. C’est tout l’art de la rencontre avec l’autre : l’incertitude est totale. Il n’y a pas de recette toute faite pour se connecter rapidement avec un groupe d’inconnus. La relation se construit au fil des répétitions. Mais les premières quinze minutes sont centrales. Toutefois, elle n’y fait pas de musique à proprement parler. Elle observe et analyse les groupes (qui ont chacun leur propre fonctionnement) pour voir quelles sont les relations entre les musiciens et l’humeur de chacun. Notamment de son comité exécutif d’orchestre, les instrumentistes solos, qui donnent le la.

Ces derniers sont essentiels et ont, bien sûr, une grande expertise de leur métier. Mélanie Levy-Thiébaut a une vision plus globale du concert. Elle guide et donne des conseils à ses musiciens. Le danger est qu’elle soit trop directive et leur fasse perdre l’espace de liberté créative. Comme dans toutes les professions, cette autonomie est un vecteur de motivation important. D’autant plus dans un univers où il y a beaucoup de carcans. Le travail de chef d’orchestre n’est pas de faire le métier de ses musiciens, mais d’assez bien connaître leur métier pour savoir comment les mettre en confiance et leur laisser l’espace de développement créatif nécessaire pour qu’ils se dépassent.

Pour ne pas échouer la relation avec le musicien et, par extension, avec l’ensemble de l’orchestre, il faut choisir le bon moment pour communiquer. Le leitmotiv de Mélanie Levy-Thiébaut pour bien dialoguer : “Le temps que vous pensez perdre à ne pas demander quelque chose, vous le gagnez en le demandant au bon moment”. Un conseil qu’elle a appris en pratiquant les arts martiaux : ne rentrez pas quand la porte est fermée.

Mélanie Levy-Thiébaut souhaite instaurer une atmosphère dans laquelle l’orchestre lui fasse assez confiance pour que chaque membre puisse se dépasser. C’est transposable à toute forme de métier : il faut avoir confiance et inspirer confiance pour tirer le meilleur de son équipe. Cette équipe peut alors être façonnée : parler du collectif avant de parler de l’individu n’a pas de sens. Comprendre et sentir l’autre est indispensable pour savoir quand dire quoi et comment.

Vidéo de l’intervention de Thomas Saunier

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