« Je crois au génie français »

Bernard Cazeneuve - Invité diner - Cercle Humania - février 2026

Le jeudi 5 février 2026

Invité

Invité du cercle Humania ce jeudi 5 février, Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre, a longuement analysé la politique de Donald Trump et nous a ouvert les coulisses de la diplomatie euro-atlantique. Il a mis en valeur la préférence européenne et affirmé sa confiance en notre pays pour sortir la tête haute des remous géopolitiques actuels.

Quelques mots sur l'événement

Il était ministre de l’intérieur au moment des attentats terroristes de 2015 et il a débuté son intervention avec le récit détaillé de la soirée du 13 novembre. En évoquant l’arrestation chaotique de Salah Abdeslam, Bernard Cazeneuve a montré l’importance d’une bonne coordination des services de renseignements et des forces de police à l’échelle internationale.

 

Car évidemment, ce qui se joue dans les relations entre l’Europe et ses interlocuteurs – américains notamment , va bien au-delà des intérêts commerciaux, si important soient-ils. Il est question de paix, d’idéologie et de valeurs.

 

Celui qui fut maire de Cherbourg durant vingt ans a rappelé qu’il connaissait « le prix des vies américaines pour que nous recouvrions notre liberté à partir de la Normandie » et déploré que les Trumpistes aujourd’hui ne semblent plus partager notre conception « du droit droit international, du multilatéralisme, du dialogue entre les nations, du respect des principes de l’État de droit dans les démocraties. »

Avec les États-Unis, une asymétrie qui n’exclut pas les bras de fer

Bernard Cazeneuve a dévoilé les origines des premières réglementations européennes pour encadrer les géants de la Tech : pour les contraindre par exemple à supprimer des plateformes les messages à caractère haineux.

« Le soir de l’attentat, le nombre de messages appelant au racisme, à l’antisémitisme, au terrorisme, a augmenté de 73%. On aurait pu imaginer que la sidération conduise à une espèce d’abstinence numérique. Non, ce fut le contraire : une flambée de haine. Et seuls 5% de ces messages furent supprimés. Pour les Américains, ce qui est à nos yeux pénalement répréhensible, relève de la liberté d’expression. C’est ainsi que nous avons commencé à protéger les Européens de cette conception à l’opposée de la nôtre. »

Et la seule façon d’y arriver fut un mélange savant de conviction et de menace, un exercice de diplomatie en somme, qui préfigurait peut-être la situation tendue que nous vivons dix ans plus tard. « Notre relation avec les Américains a toujours été asymétrique, mais avec mes homologues allemands et britannique, nous avons pu reprendre le contrôle. Il existe toujours une possibilité d’engager des bras de fer. C’est difficile, mais faisable. Nous pouvons rééquilibrer la relation par l’affirmation de notre droit. »

Hard & soft power

Et de fait, ce à quoi nous avons assisté tout récemment autour du Groenland était un bras de fer. Où le président Trump a partiellement cédé, au rappel que l’invasion du Groenland serait constitutive d’un acte de dissolution de l’OTAN.

« Nous sommes un continent de valeurs et nous pensons que les valeurs s’expriment d’abord à travers le droit, a souligné Bernard Cazeneuve. Mais quand l’interlocuteur se fait brutal, si nous ne sommes pas dotés des instruments et des attributs de la puissance, le verbe ne suffit plus. »

D’où la nécessité vitale de demeurer capable d’une défense – nucléaire, notamment – mais aussi celle de redresser notre budget. L’ancien premier ministre a largement insisté sur ce point : « L’Europe ne peut exister diplomatiquement et militairement que dès lors que la France fait son travail de redressement. »

Préférence européenne

Bernard Cazeneuve a rappelé que dans certains domaines stratégiques comme les semi-conducteurs, l’Europe avait la main. Et invité son auditoire à croire à en la « préférence communautaire », tant en termes d’épargne qu’en termes d’achats. « C’est presque la chose la plus simple à mettre en œuvre. Parce que chaque État qui procède à des achats est seul à prendre la décision. Personne n’oblige les Danois d’acheter des F35 alors qu’il y a des avions fabriqués par Dassault. »

Florence Boulenger
Gestionnaire de contenu

Florence Boulenger est journaliste et consultante éditoriale, spécialisée dans les transformations des entreprises, avec un intérêt marqué pour le numérique et le futur du travail.