L’IA aura évidemment un impact sur les salaires

L’IA aura évidemment un impact sur les salaires

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Eh oui – c’est un sacré angle mort des réflexions autour de l’IA générative. On se demande : est-ce que mon métier va disparaître ? Quel est l’impact de l’IA sur mon métier ? Mais on oublie le corollaire : la rémunération. On l’oublie… ou on l’évite ? Car le sujet est particulièrement complexe. Pierre-Louis Quentin, directeur des Opérations chez Neobrain, a décidé de s’y attaquer.

L’impact de l’IA sur les salaires : c’est un sujet tabou ?

Je crois que c’est plutôt un impensé. L’impact de l’IA ne commence généralement pas par « mon métier est supprimé. » Il se manifeste beaucoup plus discrètement par un changement dans la valeur qu’on va donner à certaines tâches. Et donc, à terme, dans la manière dont ces tâches vont être rémunérées. Dans les métiers du tertiaire par exemple, on a déjà énormément de tâches qui prennent beaucoup moins de temps qu’il y a deux ou trois ans. Rédiger un rapport, faire une veille stratégique, analyser des données, préparer des présentations… C’est devenu plus rapide et plus facile à produire. À l’inverse, d’autres compétences, comme la pensée critique, le fait de savoir bien poser un problème ou encore la coordination des équipes, vont prendre beaucoup de valeur. Car l’évolution des salaires peut aussi être positive. L’IA ne va donc pas « seulement » supprimer des métiers, elle va surtout redistribuer la valeur à l’intérieur des métiers. 

L’année 2026 est celle de la transparence des salaires, est-ce bien le moment d’y ajouter la variable « IA » ?

Oui, justement. Le sujet des salaires est particulièrement sensible dans des pays comme la France. Pourtant, c’est dans cette direction qu’on devrait tous aller. On s’apprête à parler de transparence des salaires. Ce serait étrange de mettre l’IA sous le tapis.

L’IA est en train de modifier rapidement la valeur de certaines compétences : des écarts de salaire vont apparaître ou s’accentuer, mais il faudra être capable de les expliquer. Rendre les salaires transparents sans avoir d’abord réfléchi à ce qui les justifie réellement, c’est aborder le sujet par le mauvais côté.

La directive européenne va obliger les entreprises à expliquer leurs salaires. L’IA, elle va plutôt les obliger d’abord à comprendre ce qui crée vraiment de la valeur chez elles. 

L’IA évoluant très vite, cela veut dire que les grilles de salaire sont amenées à bouger sans cesse elles aussi ?

En effet, mais il n’y a pas de raison de paniquer face à l’ampleur de la tâche… Ce qui change surtout, c’est que la valeur des compétences évolue beaucoup plus vite qu’avant. Les grilles salariales, qui étaient conçues pour bouger lentement, vont devoir devenir plus dynamiques.

Pour s’y retrouver, il faut avancer de manière pragmatique. Prioriser les cas d’usage, identifier ceux qui sont les plus simples à déployer et ceux qui ont le plus d’impact. C’est souvent là que l’on voit le travail se transformer concrètement ; et donc la valeur de certaines compétences évoluer.

À partir de là, la question des salaires devient plus tangible : quelles compétences prennent de la valeur, lesquelles en perdent, et comment ajuster progressivement les politiques de rémunération ?

Dernier point, encore peu visible aujourd’hui : ces technologies sont peu coûteuses à l’usage, mais cela ne durera probablement pas. Les entreprises devront faire des choix, y compris sur leurs investissements en compétences. Autant commencer à les anticiper dès maintenant.

Florence Boulenger
Gestionnaire de contenu

Florence Boulenger est journaliste et consultante éditoriale, spécialisée dans les transformations des entreprises, avec un intérêt marqué pour le numérique et le futur du travail.