Après la « guerre des talents » qui a fait rage entre 2021 et 2023, on parle désormais d’un retournement du marché qui déplace le rapport de force, au profit des recruteurs. Les perspectives d’embauche sont déjà au point mort chez les cadres cette année, a souligné l’Apec en novembre, qui consacre en parallèle une étude à l’insertion des jeunes diplômés (Bac +5) : 150 000 nouveaux entrants par an. Nous avons rencontré Sylvie Tartesse, qui a piloté l’enquête et nous en a fait une lecture à l’usage des DRH.
Vous avez titré l'étude sur une insertion des jeunes « plus difficile » : à quel point la situation des Bac + 5 est-elle préoccupante ?
À noter enfin : il n’y aura pas de reprise des embauches en 2025, au contraire. Le nombre de recrutements de cadres débutants devrait de nouveau chuter (-16 %, après -19 % en 2024), ce qui risque d’accentuer les difficultés d’accès à l’emploi de ces jeunes diplômés.
Quelles sont les conséquences concrètes de cette situation, dans un parcours de recherche d’emploi ?
Pour les jeunes qui entament leur vie active dans ces conditions, la recherche d’emploi est complexe, comme en attestent nos chiffres. 84 % des Bac +5 diplômés en 2024 jugent que leur recherche d’emploi a été difficile, soit nettement plus que pour la promotion 2022 insérée avant le retournement du marché de l’emploi (61 %). Ils sont surtout plus nombreux à la juger très difficile (43 % ; +21 points) et ce, quels que soient la filière de formation et le type de diplôme, y compris pour les ingénieurs (80 %).
Pour obtenir leur poste actuel, ils ont dû multiplier les candidatures : 57 % d’entre eux en envoyé plus de 30 – un chiffre en nette progression par rapport à la promotion 2022 (31 %). La période de recherche s’est donc allongée, nécessitant six mois ou plus pour 38 % d’entre eux : +20 points par rapport à la promotion 2022.
Vous dites que les jeunes sont prêts à faire des « concessions » : de quelle nature sont-elles ?
Leur priorité est d’avoir un emploi. La possibilité de télétravailler et le CDI sont les premières concessions envisagées lorsqu’ils entament leur vie active (respectivement 71 % et 70 %). Ils sont prêts aussi à faire des concessions sur le salaire (59 %), mais nettement moins sur l’intérêt des missions (un tiers).
Il est important aussi, pour les DRH, de savoir qu’un quart des diplômés issus de la promotion 2024 assimilent leur emploi actuel à un « job alimentaire ». Parmi les jeunes en contrat pérenne, plus d’un tiers considèrent que leurs perspectives d’évolution au sein de leur entreprise ne répondent pas à leurs attentes (34 %). Cette proportion atteint 57 % parmi les jeunes en contrat court, qui se montrent ainsi peu confiants dans leurs chances de se voir proposer un prolongement de contrat ou un CDI.
Malgré une certaine insatisfaction quant à leur emploi, les jeunes diplômés Bac +5 hésitent à changer d’entreprise dans la période actuelle : 44 % considèrent que c’est risqué et 67 % estiment qu’il leur serait difficile de trouver un poste équivalent au leur.
J’aimerais enfin rappeler aux DRH que, contrairement à ce que l’on entend parfois au sujet d’une forme de désengagement, les jeunes salariés se montrent tout aussi impliqués que les autres. Une autre étude de mes collègues montre que les jeunes actifs accordent autant d’importance au travail que leurs aînés (47 % le jugent plus ou aussi important que les autres pans de la vie vs 47 % des 30 à 44 ans et 36 % des 45 ans et plus).
Florence Boulenger est journaliste et consultante éditoriale, spécialisée dans les transformations des entreprises, avec un intérêt marqué pour le numérique et le futur du travail.








